L’opérateur “européen” EutelSat à l’ambition de remplacer le système Starlink d’Elon Musk en Europe, en affirmant être “prêt à se déployer en Ukraine“. L’Europe rêve d’autonomie stratégique, mais elle se condamne à l’impuissance en refusant d’adopter une politique industrielle ambitieuse. L’exemple d’Eutelsat est emblématique : né en tant qu’acteur européen de premier plan, le groupe est aujourd’hui dominé par des intérêts étrangers. La faute à quoi ? À une vision bureaucratique qui privilégie la réglementation sur la puissance économique et refuse de bâtir de véritables champions industriels.
Dans un monde où les rapports de force économiques priment, l’Europe persiste à croire que le marché et la concurrence suffisent à garantir sa souveraineté. Contrairement aux États-Unis et à la Chine, qui protègent et subventionnent agressivement leurs entreprises stratégiques, Bruxelles préfère fragmenter son industrie sous prétexte de concurrence « libre et non faussée ». Résultat ? Plutôt que de construire un acteur satellitaire puissant, capable de rivaliser avec Starlink, l’Europe a laissé Eutelsat fusionner avec OneWeb sous une gouvernance internationale. Loin d’en faire un champion européen, cette fusion a conduit à un changement d’actionnariat où les intérêts étrangers, notamment Bharti Enterprises (Inde) et le Royaume-Uni, ont pris le dessus. Eutelsat n’est plus européen. Il est devenu un acteur global contrôlé en partie par des puissances non européennes, alors même que l’Union européenne aurait eu les moyens de structurer un acteur indépendant et compétitif.
Historiquement, Eutelsat était une organisation intergouvernementale (OIG) qui garantissait un certain contrôle des États européens sur les infrastructures stratégiques. Mais à force de compromis et d’abandon progressif de ses pouvoirs, cette OIG est aujourd’hui une coquille vide. Elle ne joue plus qu’un rôle symbolique, incapable d’imposer de véritables orientations stratégiques. Pourquoi ? Parce que l’Europe croit encore que la réglementation est plus forte que l’économie. Plutôt que de doter l’OIG de vrais leviers d’action, elle a laissé la dynamique du marché dicter l’avenir d’Eutelsat. Dans ce schéma, les États européens se retrouvent spectateurs d’une entreprise dont la stratégie n’est plus dictée par leurs intérêts.
Pendant que l’Europe s’empêtre dans ses règles de concurrence et ses directives administratives, les autres puissances agissent :
- Les États-Unis protègent SpaceX et Starlink, en leur garantissant des financements massifs et un accès préférentiel aux marchés stratégiques.
- La Chine investit massivement dans sa propre constellation de satellites et empêche toute prise de contrôle étrangère sur ses acteurs clés.
- L’Inde, via Bharti Enterprises, a su s’imposer dans la gouvernance d’Eutelsat, profitant du laisser-faire européen.
L’Europe, elle, s’enlise dans ses propres règles et refuse de voir que le monde fonctionne sur des logiques de puissance, pas sur des principes abstraits de libre concurrence. Eutelsat est devenu le symbole d’une Europe qui préfère les dogmes à la réalité du pouvoir économique. Tant qu’elle refusera de protéger ses industries stratégiques, de structurer de véritables champions et d’assumer une politique industrielle offensive, elle continuera à perdre du terrain face aux autres blocs mondiaux. L’avenir est simple : soit l’Europe comprend que la souveraineté passe par des choix stratégiques assumés, soit elle continuera à voir ses entreprises tomber sous contrôle étranger, tout en multipliant les règlements inutiles. Il est temps de choisir entre puissance et impuissance.
Alexandre Sonnet
Président de Humind
(Crédit image : Shutterstock)